One-on-One

Damian Lillard a fait son choix : s’il doit gagner un titre, c’est à Portland et nulle part ailleurs

Damian Lillard

Dame Time, ça ne veut pas seulement dire être en feu dans le quatrième quart-temps. C’est aussi toute une manière de penser, d’être.

Source image : NBA League Pass

Depuis le plus jeune âge, Damian Lillard a un fort caractère. Le gars ne se laisse pas marcher sur les pieds. Il a des valeurs, il sait ce qu’il veut, où il veut aller, mais ne bafouera jamais ses principes pour arriver à ses fins. Porter les Blazers après les départs d’Aldridge, Batum, Matthews et Lopez ? Pas de problème. Talentueux et fier, il l’est. Mais, comme le décrit Lee Jenkins de Sports Illustrated dans son superbe papier, le trait de caractère qui définit le plus Big Game Dame, et ce depuis son adolescence, c’est bien la loyauté, à Portland comme ailleurs.

Damian Lillard est un sacré numéro. Originaire d’Oakland, le jeune homme est un fan inconditionnel des Dubs pendant son enfance, et son adolescence. Ses premières armes, c’est bien au lycée de The Town qu’il les a faites. Dès les premiers temps, le meneur est un scoreur, un shooteur naturel. Il impressionne, mais agace également, par son comportement outrecuidant, nonchalant. De l’aveu de ses anciens entraîneurs de high school, il se comportait déjà comme un pro, sur le terrain. Parce qu’en dehors, le garçon a la tête sur les épaules. Il suit ses principes à la lettre, a la valeur de l’argent, mais aussi celle de la reconnaissance, du travail, et de la loyauté. À 16 ans, c’est déjà un très bon basketteur, qui fait preuve de sang-froid avec la gonfle dans les mains. C’est un très bon profil individuel, mais collectivement, cela laisse encore à désirer. Il se fait repérer par les Oakland Soldiers, une grosse équipe locale qui participe aux tournois AAU pendant l’été, qui oppose les meilleurs jeunes joueurs du pays. Attiré par la lumière des projecteurs, il est typiquement le genre de profil qui aurait pu terminer dans une grosse université, Duke, Kentucky ou bien UCLA. Mais non. Celui qu’on appelait déjà Dame Time (ou Lillard Time selon les versions) – cette expression dépeignant ce changement de statut, cette aptitude que Lillard possède, de se transcender, de prendre son équipe sur ses épaules, et d’entrer dans un état de grâce, un état second, où il est invulnérable – était peut-être insolent sur le parquet, mais très respectueux, et modeste en dehors. Malgré les réputations des grosses fac, il décide de signer pour la Weber State University, à Ogden dans l’Utah, dont l’équipe était de niveau moyen. Pourquoi ? La réponse est simple, et fait transparaître les valeurs de Dame Dolla :

« ‘Je vais avoir une bourse et je vais l’obtenir avec les coachs qui sont venus me chercher à l’école, qui me déposaient à la maison à 22 heures, qui m’achetaient à manger et me donnaient de l’argent pour le bus.' »

Modeste, Damian sait reconnaître et apprécier ce que les gens font pour lui, et souhaite leur rendre, au centuple. Il considère toujours que partir de plus bas, pour progresser, avec les personnes qui l’entourent, pour essayer de parvenir au sommet de la bonne manière, c’est plus gratifiant. La Lillard way, d’une certaine manière. Ce côté « David contre Goliath », il l’a toujours eu en lui, et le revendique. Le fait de prendre le temps qu’il faut pour bien faire les choses, et essayer d’arriver à ses fins, cela lui colle à la peau. Malgré l’adversité, les galères, Big Game Dame considère qu’il faut rester droit, fidèle et loyal, et ce, jusqu’à l’extrême. À l’époque où il jouait pour Weber State, il faisait des parties de console sur un jeu de college basketball. Il voulait bien jouer, mais à une seule condition : qu’il puisse prendre les Wildcats, soit le surnom de l’équipe de sa fac. Il restait un compétiteur, même en ayant une petite équipe sur le jeu, mais c’était son équipe, et il voulait gagner avec. C’est ce modèle qu’il a reproduit sur les terrains, en restant quatre ans avec cette même université, de 2008 à 2012. De fait, lorsqu’on ne vient pas des facs les plus huppées, les plus référencées, on n’est pas souvent drafté haut, si ce n’est pas drafté en NBA. Les stars qui proviennent de petites écoles représentent une infime minorité des grosses têtes d’affiche de la Ligue. Pour autant, Portland a décidé de choisir Damian Lillard en sixième position de la Draft de 2012. Une aubaine pour lui, encore considéré comme un pur scoreur, mais pas vraiment un meneur à son arrivée au Moda Center. L’environnement de l’Oregon lui convient parfaitement, lui rappelle le contexte de sa fac : une « petite » équipe, pas forcément favorite, mais qui peut faire de belles choses.

S’il était bien entouré à ses débuts, avec un solide cinq majeur, ses quatre comparses, Batum, Lopez, Aldridge et Matthews se sont envolés le même été, en 2015. Sa franchise a toute confiance en lui, lui montre patte et carte blanche, pour avancer. En progressant, et en vieillissant, Dame Dolla garde ses valeurs, mais il mûrit, et devient, en plus d’un joueur ultra-talentueux, un gestionnaire, un organisateur, un vrai leader. Il a assumé toutes les responsabilités qui lui ont été données. Et alors qu’on prédisait l’enfer aux Blazers après tant de départs, le meneur a enflammé le Moda Center, qui a pu voir son équipe en Playoffs chaque année. C’est une superbe performance réalisée par Terry Stotts et ses hommes, et ils le doivent en grande partie à Damian Lillard, qui est passé du statut de scoring guard à celui de point guard. Alors certes, les Pionniers n’ont pas de quoi rivaliser avec les grosses cylindrées de la Ligue, dont les Warriors, qui jouent dans la ville d’origine du meneur. Mais Dame Time ne se décourage pas, jamais. Partis de rien, les Trail Blazers sont en train de construire un superbe projet, pierre après pierre, sous l’égide de Neil Olshey, le general manager de la franchise. Dame est un gagneur, c’est évident, cela transparaît, et le bonhomme est plutôt du genre à dire les choses. Cela a d’ailleurs de quoi faire transpirer les fans de Rip City, comme en janvier dernier, où le go-to-guy de Portland a demandé une discussion avec son propriétaire, Paul Allen. Il y a eu des rumeurs comme quoi le joueur voulait demander son transfert, mais il n’en était rien. Il voulait simplement discuter, pour trouver des solutions, et aller de l’avant, comme il a toujours souhaité le faire. Son attachement à la ville, à la franchise dans laquelle il est depuis 2012, qui l’a accueilli comme l’un des siens, il est manifeste. Fidèle à lui-même, Damian Lillard veut rendre tout ce qu’on lui a donné, apporter du bonheur aux gens, et être proche de ses valeurs. Ce qui explique ce genre de déclarations, qu’on rêve d’entendre de la bouche de tout grand joueur en NBA :

« J’aimerais gagner un titre autant que n’importe qui, mais à cause de qui je suis, je trouverais beaucoup plus de satisfaction si je l’obtiens d’une manière compliquée. Si je ne parviens pas à le faire ici, et que je n’en gagne jamais un, les efforts que j’ai produit pour y arriver me suffisent. Je peux vivre avec ça même si cela ne m’arrive jamais. Je vais continuer à rouler avec cette équipe, peu importe ce que les gens pensent de nos chances. Je vivrai et mourrai avec ces convictions. »

Désolé, mais putain, c’est beau. S’il a un côté plus David que Goliath, Damian Lillard a clairement un côté plus Dirk Nowitzki que Kevin Durant. Renier ses convictions, une franchise, des dizaines de milliers de fans qu’on aime d’un amour réciproque, très peu pour Dame Dolla. Certes, le gars n’a que 27 ans, et il ne faut jamais dire jamais. Cependant, il semble plus déterminé que jamais à rester à Rip City, quoi qu’il arrive. Il est même prêt à mettre de côté le Graal pour tout joueur NBA, le trophée Larry O’Brien, pour ses principes, ses valeurs, et pour la ville de Portland, qui lui a tant apporté. Ça, c’est une superbe mentalité. KD avait le même âge que le meneur des Blazers lorsqu’il était parti en direction de la Baie d’Oakland. LeBron James, lors de son départ à Miami, avait 25 ans. L’impatience, la peur de ne jamais gagner de bagouze, voilà ce qui a pu pousser deux des plus grands joueurs actuels à activer le panic mode, et à emmener leurs talents dans des superteams immenses. Ils ont gagné, certes. Bravo, ça fera une ligne de plus dans le palmarès. Mais pour Big Game Dame, l’essentiel n’est pas d’arriver au bout de la route, ce sont les péripéties, le travail, et les sentiments et émotions qu’on traverse en marchant sur le chemin, même si ce dernier peut ne pas mener vers monts et merveilles. Good old way. Dans la période actuelle, c’est si rare. Des joueurs qui restent tout au long de leur carrière dans une seule et même franchise, peu importe les résultats. On pourrait citer Kobe aux Lakers, mais il a gagné tant de titres, que la comparaison n’est pas idoine. Non, Damian Lillard, c’est plus de la trempe de John Stockton, de Dirk Nowitzki. Ce genre de mec qui fait environ 20 années de carrière dans la même franchise, sans vraiment considérer le fait d’en changer, même si le succès est loin d’être au rendez-vous chaque année. Stock n’a jamais gagné de titres ? So what. Il est dans la légende, et est resté fidèle au Jazz, quoi qu’il advienne. Il n’a pas été récompensé, et c’est bien dommage.

Le Wunder Kid, lui, a fini par l’être, à force de travail, de patience, avec tout un groupe qui s’est monté autour de sa personne, pour aller finalement chercher la récompense ultime, le titre NBA en 2011. Dirk allait alors avoir 33 ans quelques jours après. C’était fabuleux, magnifique, et on ne peut que souhaiter le même destin au franchise player des Blazers. Peu à peu, son équipe progresse, avec l’avènement de C.J. McCollum, son lieutenant. L’arrivée de Jusuf Nurkic dans l’Oregon a même fait passer Portland dans une autre dimension. L’apport du Bosnien, combiné aux progressions de role players comme Evan Turner, Al-Farouq Aminu ou Moe Harkless, cela donne un collectif soudé autour d’un leader, qui annonce « 90% des systèmes » d’après Terry Stotts, et qui porte son équipe sur ses épaules, non plus que lors du Dame Time, mais bien tout au long de la saison, lors des 48 minutes que comporte chaque rencontre. Il agit en patron, c’est lui le boss, il le sait, l’assume. Les Pionniers vont terminer troisièmes à l’Ouest, une place où personne ne les aurait attendus en octobre dernier. Pourtant, ils y sont, et ce n’est pas le fruit du hasard. Peu à peu, David continue de progresser, de lever la tête face à Goliath. Et même si ce n’est probablement pas cette année que le meneur terrassera le géant, cela s’en rapproche, doucement, mais sûrement. Le projet des Blazers intéresse, et risque d’attirer des joueurs qui vont encore faire augmenter le niveau de l’équipe. Damian Lillard, lui, souhaite changer la destinée des Blazers. Il entre dans son prime, et n’est pas prêt d’arrêter de s’acharner, de travailler, avec ses coéquipiers, pour aller titiller les meilleures franchises de la Ligue, et toucher du bout du doigt le doux rêve de devenir champion NBA, avec sa franchise d’hier, d’aujourd’hui, probablement de demain, et sans doute de toujours.

Voilà, ceci est une des multiples facettes de Damian Lillard que décrit Lee Jenkins dans son article. Il y a tant à découvrir sur ce basketteur de génie, qui du haut de ses 27 ans, ne bafoue pas ses principes, et reste fidèle à lui-même, et à ce qu’il ressent dans son cœur. Les fans des Blazers peuvent avoir le sourire, avoir un joueur, mais surtout un homme comme cela en tant que leader de leur franchise, ça ne vaudra peut-être pas un titre NBA, mais ça vaut de l’or pour les Pionniers. Dans une telle époque, de l’immédiateté et de la victoire à tout prix, « Dame Time » a une toute autre signification : Damian Lillard a décidé de le prendre, son temps, pour faire les choses à sa manière, avec les gens qui l’aiment et qui l’entourent. Au diable le palmarès, tant que la manière, l’éthique, les valeurs, et le panache sont là. Respect.

Source texte : Sports Illustrated

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