Shareef Abdur-Rahim
Old-School

Le fabuleux destin du millésime 96 – Shareef Abdur-Rahim : une bête des parquets, une carrière frustante

Du lourd ce Reef !

Source image : montage by @thebigd05 via image YouTube

On parle beaucoup de la Draft de 1984 ou de sa petite sœur de 2003 en termes élogieux, comme les meilleures que la NBA ait pu connaître. Pourtant, intercalée entre ces deux générations dorées, une autre cuvée a son mot à dire. Avec 18 titres de champion, 2 MVP des Finales, 4 MVP de saison régulière et 10 All-Stars, la classe 1996 mérite toute notre attention. Ce millésime – qui vient de voir son dernier représentant tirer sa révérence avec un feu d’artifice à 60 points – fête donc cette saison les 20 ans de son arrivée dans la Ligue. Et, force est de constater que ces gars ont non seulement brillé sur les parquets mais aussi grandement contribué à changer le visage de la NBA. Pour le meilleur ou le pire, n’est-ce pas monsieur Stern ?

Lorsqu’il s’agit d’évoquer les grands noms de la Draft 96, celui de Shareef Abdur-Rahim n’est clairement celui qui sort en premier étant donné les légendes qui font partie de cette cuvée. Pourtant, c’est bien cet ailier aussi à l’aise en 3 qu’en 4 qui s’est fait appeler en troisième position en ce soir de juin 1996. Et c’est tout sauf une erreur de casting…

Rookie Origins – Un freshman très remarqué

Shareef Abdur-Rahim est le deuxième plus vieux des douze enfants de la famille fondée par Aminah et William Abdur-Rahim. Son prénom signifie “Noble” et son nom de famille veut dire : “serviteur du plus miséricordieux”. Rien que ça. Jeune, Shareef a été éduqué sur la base de valeurs d’humilité, de partage et d’efforts. Des valeurs qui vont d’ailleurs plutôt bien caractériser son jeu tout au long de sa carrière sur les parquets. Il s’est pourtant mis sérieusement au basket assez tard alors qu’il était déjà au lycée à Marrietta en Géorgie, la ville de sa naissance et de son enfance. Et vu qu’il a montré tout de suite une panoplie d’attributs et de talents très complète pour un joueur de basket, il s’est vite mis à dominer outrageusement ses camarades et adversaires dans tout l’état. Si bien que c’est la prestigieuse université de Berkeley en Californie qui lui a ouvert ses portes à l’été 1995.

Sous le soleil de la baie San Francisco, l’ami Shareef va aussi faire parler de lui quasiment instantanément. Sa puissance, son agilité et sa mobilité font de lui un enfer pour tous les intérieurs qu’il croise. Sans parler du fait que le garçon était très solide techniquement déjà à cette époque. Pour son année de freshman (première année), il dépose plus de 21 points et plus de 8 rebonds de moyenne sur les 28 matchs auxquels il a participé. Il fut élu freshman de l’année et fut carrément le premier joueur à obtenir le titre de meilleur joueur du Pac-10 de sa Conférence lors de sa première année universitaire. D’année universitaire, il n’en fera d’ailleurs qu’une et il se déclarera éligible pour la Draft dès la fin de la saison 1995-96. Et ce sont les Grizzlies – alors installés à Vancouver et tout juste arrivés en NBA depuis un an – qui le choisiront en troisième position, juste derrière Allen Iverson et Marcus Camby…

Rookie Year – un gros client d’entrée

Même pas encore âgé de 20 ans, Abdur-Rahim va faire ses débuts dans la Grande Ligue, au sein d’une équipe dont les ambitions ne sont pas très élevées étant donné que les fers de lance sont a priori le pivot sophomore Bryant Reeves et l’arrière Anthony Peeler. Brian Winters sera très vite remplacé sur le banc par Stu Jackson mais l’un comme l’autre vont utiliser le rookie Shareef au poste 4 aux côtés du gros Reeves et ce, tout au long de sa première saison. Une saison dont il ne manquera que deux matchs. Les Grizzlies ne gagneront que 14 rencontres mais “Reef” va envoyer 18,7 points, 6,9 rebonds, 2,2 passes décisives, 1 interception et 1 contre de moyenne. Des stats qui ont fait de lui le meilleur joueur de son équipe et qui lui ont valu les honneurs de la All-NBA First Rookie Team ainsi que la troisième place dans les votes pour le rookie de l’année.

Les débuts NBA sont très compliqués pour les Oursons canadiens issus d’une nouvelle phase d’expansion mais ils savent désormais autour de qui bâtir leur franchise. Les Grizzlies ne vont gagner que 14 rencontres mais, leader de l’attaque des siens, Abdur-Rahim nous gratifiera même de quelques sorties tout aussi prolifiques qu’impressionnantes pour un rookie. Comme par exemple ses 37 points en janvier 97 contre les Kings ou ses 30 points et 17 rebonds en avril chez les Mavericks. Il fait déjà étalage de sa très large palette de moves au poste-bas, de son shoot efficace à mi-distance ou encore de sa vitesse, de son élasticité, de son aptitude à pénétrer les défenses pour agresser le cercle. Après 80 matchs d’Abdur-Rahim, la Grande Ligue et ses observateurs sont donc prévenus, le garçon n’est pas venu pour plaisanter.

Petit rookie deviendra grand – du talent et de la sueur mais 10 ans avant de voir les Playoffs

Le coach des Grizzlies, Stu Jackson, ne passera pas l’été 1997. C’est Brian Hill qui débarque pour tenter de lancer la franchise de Vancouver de manière stable et de lui trouver une place sur la carte NBA. Le nouvel entraîneur décide de décaler l’ami Shareef du poste 4 au poste 3. Pourquoi pas après tout, puisque “Reef” est un vrai combo-forward. Suffisamment mobile pour tenir en défense face à des adversaires directs souvent plus petits, le sophomore Abdur-Rahim va faire très mal offensivement grâce à son avantage de taille et de puissance. Il va même tout bonnement déboîter l’opposition aussi bien au niveau du scoring que des rebonds. Il fait souffrir les défenses au poste-bas, il les dégoûte dès qu’il a de l’espace pour shooter dans le périmètre et il enfonce la plupart des ailiers adverses sous les cercles pour gratter un gros paquet de rebonds en soutien de ses intérieurs.

22,3 points de moyenne, accompagnés de plus de 7 prises sous les cercles, 2,6 passes décisives et plus d’une interception par soir lors de ce deuxième exercice mais seulement 19 victoires au compteur de l’équipe et donc des vacances qui commenceront dès la mi-avril. Frustrant mais il en faut bien plus pour démotiver l’ami Shareef. Faire des efforts sans jamais se relâcher, donner tout ce qu’il a pour le collectif, cela fait partie de sa panoplie. Malheureusement pour lui, les saisons vont s’enchaîner et se ressembler : de la grosse ligne de stats mais pas de Playoffs, pas même un exercice à plus de 30% de victoires de 1996 à 2001. En 1999-2000, “Reef” enverra même un bon gros double-double de moyenne avec 20,3 points et plus de 10 rebonds chaque soir. Résultat de Vancouver : 22 succès, 60 défaites… Ce qui ne l’empêche pas d’être sélectionné avec Team USA pou représenter le pays lors des Jeux Olympiques à Sydney à l’été 2000.

Un peu moins d’un an plus tard, en juin 2001, sans même qu’il n’ait demandé quoi que ce soit, il est échangé avec Jamaal Tinsley contre Pau Gasol – troisième choix de la Draft – Brevin Knight et Lorenzen Wright et il se retrouve chez les Hawks, à Atlanta dans sa région natale donc. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il va bien apprécier ce retour aux sources et fournir la saison la plus significative de sa carrière. 77 matchs, 21,2 points par match avec 9 rebonds, 3 passes décisives, plus d’une interception et plus d’un contre. Sans oublier ce record en carrière de 50 unités passées sur les Pistons. Abdur-Rahim connaîtra sa seule et unique sélection pour le All-Star Game dans la foulée mais pas d’activité pour lui à partir de la mi-avril. Toujours pas. Il fera partie du trade qui fera passer Rasheed Wallace par Atlanta en février 2004, il découvrira Portland pendant un peu plus d’une saison sans y jouer les Playoffs dont il ne connaîtra le goût que furtivement en 2006 – le temps d’une série – avec les Kings avant qu’une blessure au genou très persistante (ah, il ne fallait pas aller chez les Blazers…) ne l’empêche de continuer à s’exprimer normalement, fasse baisser drastiquement son rendement statistique et ne le pousse à raccrocher en 2008 à 31 ans.

Shareef Abdur-Rahim c’est un joueur aux aptitudes physiques et techniques bien au-dessus de la moyenne qui n’aura quasiment fait que se débattre dans des équipes de fond de classement tout au long de sa carrière. C’est un joueur du coup bien trop méconnu par rapport à ce qu’il était fort sur un parquet. Mais, malgré tout, il a toujours assuré “être en paix avec lui-même” et se sentir plus que chanceux d’avoir pu avoir une carrière professionnelle en NBA. Pourtant, 10 ans à envoyer du lourd sans jamais aller en Playoffs, ça aurait pu en énerver plus d’un…

43 points et 12 rebonds sur le museau des Cavs en 2003

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